Venezuela : cinq questions pour comprendre la situation

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Manifestation à Caracas le 15 février 2014. Crédit photo : Flickr/CC/Andrés E. Azpurúa

Les manifestations au Venezuela ont commencé au milieu du mois de février et ont déjà provoqué la mort de 34 personnes et la détention de 400 manifestants. Il s’agit du plus grand mouvement contestataire contre le projet « bolivariano », initié par Hugo Chavez en 1998, au cours de ces 10 dernières années.

1.Quand les manifestations ont-elles commencé ?

Les manifestations commencent début février dans la région de Táchira et Merida (ouest du pays). A l’origine : la tentative de viol d’une étudiante de l’université, l’acte suscite un rassemblement d’étudiants visant à protester contre les hauts niveaux d’insécurité dans la ville. Le Venezuela est le cinquième pays au monde avec le taux  le plus élevé d’homicides selon un rapport de l’ONU.

Mais les étudiants manifestent aussi contre l’inflation record de 56.2% (la plus élevée pour un pays occidental) et la pénurie de produits alimentaires que traverse le pays depuis 2013.

Les manifestations étudiantes à Táchira deviennent violentes lorsqu’un groupe d’étudiants est placé en garde à vue par la police. De nouvelles manifestations sont organisées à Caracas pour demander leur libération. Le 12 février, une  dizaine de milliers de personnes manifestent à Caracas et trois personnes sont tuées par arme à feu, suite à des affrontements entre des manifestants qui dénoncent et d’autres qui soutiennent le gouvernement de Nicolas Maduro. Depuis ce jour-là, les manifestations se répètent régulièrement dans le pays, principalement à Tachira et Caracas. La dernière d’entre elles a eu lieu samedi 22 mars lorsque trois personnes ont été tuées par arme à feu à Caracas et à Valencia (est du pays).


Carte des villes avec le plus fort taux de manifestations. Crédit : Camilo Moreno K.

2. Qui sont les manifestants ?

A Caracas, les manifestations ont été récupérées par le mouvement d’opposition « Table pour l’Unité démocratique » (MUD). Les principales figures politiques du MUD sont Leopoldo Lopez, ancien maire de Chacao, ainsi que la députée Maria Corina Machado.

Leopoldo Lopez, figure très contestataire et populaire du pays, a été placé en garde à vue le 18 février, accusé « d’association de malfaiteurs ». Son procès doit avoir lieu entre la fin du mois de mars et le début du mois d’avril. Il risque jusqu’à 10 ans de prison.

Maria Corina Machado a été destituée de son mandat mardi 25 mars, après avoir critiqué publiquement la situation dans son pays lors d’une réunion de l’Organisation des États américains (OEA) à Washington. Machado a perdu son immunité parlementaire et pourrait être poursuivie pour « incitation à la violence » à son retour.

Henrique Capriles, leader de l’opposition battu, de seulement 1,5% des voix, par Nicolas Maduro aux élections présidentielles d’avril 2013, s’est toujours opposé aux manifestations violentes.

3. Que veulent les manifestants ?

Forcer Maduro à quitter son poste, tout simplement. Le président, qui ne connaît pas les pics de popularité de son prédécesseur a eu du mal à s’imposer comme leader du pays. Désormais, pour Joaquín Villalobos, consultant international pour la résolution des conflits « c’est peu probable que les manifestations aient la force suffisante pour renverser le pouvoir en place », c’est, en tout cas, ce qu’il affirme dans un article d’El País (en espagnol).

« Il ne fait pas de doute que Maduro est un très mauvais élu, le Venezuela est dans une grave crise, mais il y a encore une grande force sociale qui le soutient. »

Pour Villalobos, les manifestations violentes ne font que « renforcer le gouvernement » en lui conférant un but commun, tandis que l’opposition, elle, n’avance pas vers son objectif.

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Manifestation à Caracas le 22 février 2014. Crédit photo : Flickr/CC/Andrés E. Azpurúa

4. Comment le gouvernement réagit-il ?

Le président Nicolas Maduro a accusé l’opposition d’organiser un coup d’État avec l’aide des États-Unis. Il a également assuré qu’il y avait des similitudes entre les manifestations et le coup d’Etat raté contre Hugo Chavez en 2002. Pour Maduro, les opposants sont des « fascistes », comme il les a appelés à plusieurs reprises.

Pourtant Maduro pourrait avoir de réels problèmes au sein des Forces armées elles-mêmes. Mardi 25 mars, trois généraux ont été emprisonnés pour « tentative de coup d’État ». Selon le président «les trois généraux avaient l’intention de soulever l’armée de l’air contre le gouvernement légitimement constitué ».

C’est la première fois que des généraux sont placés en garde à vue depuis l’arrivée de Chavez au pouvoir, il y a quinze ans de cela.

5. Comment les médias ont-ils couvert les manifestations ?

Le président Maduro a vertement critiqué les chaînes internationales au sujet de leur couverture de ces manifestations. Mesure très critiquée par les opposants qui dénoncent une violation de la liberté de presse.

La chaîne colombienne d’actualité internationale NTN24 a été censurée (article en espagnol) le 12 février pour « incitation à la violence ». La canal hispanophone de CNN était, quant à lui, menacé de censure à la fin de février dernier.

Selon le syndicat national de travailleurs de la presse, plus de 80 employés de médias, parmi lesquels des journalistes, ont été blessés depuis le début des manifestations. Le syndicat a dénoncé dans un communiqué « les violations contre le droit du travail et le manque de protection par le gouvernement des travailleurs des médias ».

Dans un pays chaque jour plus polarisé, les médias nationaux restent, quant à eux, quasi-exclusivement divisés en « pro » et « anti » gouvernement.

Camilo Moreno

Le 25/03/14 

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