Quelles sont les communes les plus affectées par les déserts médicaux ?

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Alors que le projet de loi relatif à l’organisation et à la transformation du système de santé arrive à l’Assemblée, la Gazette publie une mini-série pour faire le point sur ce texte. Avec ce dernier volet, retour en carte et chiffres sur la réalité des déserts médicaux en France. Le lundi 18 mars, les députés commenceront l’examen, en séance publique, du projet de loi relatif à l’organisation et à la transformation du système de santé. Alors que la santé fait partie des thèmes qui remontent des contributions libres du Grand débat, le texte doit permettre une meilleure prise en compte du vieillissement de la population et du développement des maladies chroniques.

Or, pour mieux suivre ces patients, il faut que l’accès aux soins soit possible sur tout le territoire. Il faut donc réduire les déserts médicaux qui se développent sur tout le territoire. Un volet important du projet de loi prévoit donc des mesures pour lutter contre les déserts médicaux.

Redonner du temps médical aux médecins

Avant même le vote de la loi, le plan “Ma Santé 2022″ prévoit le recrutement, au niveau national, de 400 médecins généralistes sur les territoires fragiles, pour venir en soutien des praticiens submergés. Le recrutement par les Agences régionales de santé (ARS) a commencé. Mais les prises de postes n’auront pas lieu avant l’automne. Quant à la “loi Buzyn”, comme certains commencent à l’appeler, elle supprime le numerus clausus, couperet à la fin de la première année des études de médecins, à partir de 2020. Cela devrait permettre d’avoir un plus grand nombre de médecins formés… 10 ans plus tard ! D’ici là, les médecins devraient recevoir le soutien “d’assistants médicaux”, pour les soulager sur la partie administrative et quelques tâches médicales simples, comme les prises de tension et température. Par ailleurs, les regroupements des professionnels de santé dans les communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS), contre des aides financières, doit permettre sur tous les territoires une permanence des soins.

Accessibilité potentielle localisée

Car la situation est très difficile. En se basant sur l’Accessibilité potentielle localisée (APL), on constate que médecins, mais aussi infirmiers libéraux, sages-femmes et kinésithérapeutes manquent dans de nombreux départements. L’APL a été développée par la Drees et l’Irdes en 2012. C’est un indicateur local de densité flottante disponible au niveau de chaque commune, qui tient compte de l’offre et de la demande issues des communes environnantes. Il permet de mieux observer les différences d’accessibilité au niveau local. Le calcul de l’APL aux différentes professions repose sur l’estimation de plusieurs paramètres : par exemple, on considère que l’accessibilité aux professionnels de santé diminue avec la distance. L’activité de chaque professionnel est calculée en nombre de consultations et visites pour les médecins généralistes, et en équivalents temps plein (ETP) pour les infirmiers, masseurs-kinésithérapeutes et sages-femmes. En utilisant les dernières données disponibles, nous avons ainsi pu mesurer le nombre de communes considérées en désert médical pour les quatre professions médicales.

Attractivité du territoire

La perte d’un médecin, souvent pour un départ en retraite, est souvent mal vécue par les habitants et les élus locaux. “La santé fait partie de l’attractivité du territoire”, explique Olivier Mariotte, président de l’agence de conseil en santé Nile, mais également élu local. Or, 18 départements ont au moins la moitié de leurs communes considérées en désert médical : Depuis de nombreuses années, des politiques d’incitation ont été mises en place pour encourager les praticiens à s’installer en zone sous-dense. Sans grand résultat jusqu’à présent. Pourtant, la ministre de la Santé Agnès Buzyn continue à refuser la coercition, rappelant que d’autres pays ont tenté l’obligation d’installation, sans grand succès.

L’encadrement d’installation, pas la panacée

Une situation bien différentes pour les infirmiers libéraux. Depuis 10 ans, ils ne peuvent s’installer en libéral en zone sur-dotée que si un autre cesse son activité. C’est le principe du 1 pour 1, qui ne fait plus débat pour cette profession. Sur ce modèle, des élus locaux voudrait encadrer l’installation des généralistes. On note pourtant que si le dispositif a empêché un regroupement trop important des infirmiers libéraux dans les zones sur-denses, leur présence fait défaut dans de nombreux territoires. Ainsi, au moins la moitié des communes de 21 départements sont considérées comme sous-dotées, trois de plus que pour les généralistes ! Les kinésithérapeute aussi, s’ils veulent être conventionnés par la CPAM (c’est-à-dire permettre à leurs patients d’être remboursés) doivent respecter la règle du 1 pour 1. La mesure a été définitivement instaurée fin 2017. Cette date récente et le manque de praticiens expliquent que 27 départements aient la moitié ou plus de leurs communes avec un score APL qui les classe en désert médical pour cette spécialité. Il est pourtant à noter que le vieillissement de la population va entraîner un besoin croissant, pour permettre le maintien à domicile des personnes âgées dépendantes, d’infirmiers et de kiné.

Sages-femmes

Le besoin de sages-femmes est encore plus criant. 97% des communes de Haute-Corse sont ainsi classés en désert médical pour les sages-femmes ! Le nombre de praticiens libéraux reste très faible : seulement 19% des sages-femmes. De nouvelles mesures incitatives, mises en place il y a un peu moins d’un an, doivent encourager de nouvelles installations dans les zones sous-denses.

Problèmes cumulatifs

Mais surtout, les problèmes sont souvent cumulatifs et de nombreuses communes font face à des difficultés d’accès à deux, trois, voire aux quatre professionnels de santé étudiés. 196 communes en France n’ont aucun accès aux quatre spécialités !

Méthodologie

Afin de déterminer quelles communes sont sous-denses dans les 4 professions de la santé, nous avons utilisé les seuils établis par la DREES dans son rapport “Infirmiers, masseurs-kinésithérapeutes et sages-femmes : l’accessibilité s’améliore malgré des inégalités”. Ainsi, l’on considère une commune comme étant sous-dense :

  • en médecins généralistes si son APL est inférieure ou égale à 2,5 consultations par an et par habitant standardisé ;
  • en infirmiers, si son équivalent temps plein est inférieur ou égal à 73.4 pour 100 000 habitants ;
  • en masseurs kinésithérapeutes, si son équivalent temps plein est inférieur ou égal à 50.4 pour 100 000 habitants ;
  • en sage-femmes si son équivalent temps plein est de 8.5 pour 100 000 habitants.

Si la situation est difficile, les représentants de l’Etat veulent croire que la nouvelle loi viendra changer les choses, si les citoyens savent être patients. “C’est une réforme majeure, il faut lui laisser le temps de faire ses effets”, a assuré le directeur général de l’ARS des Pays de la Loire, Jean-Jacques Coiplet, lors d’une rencontre organisée par le Nile, le 13 mars. Pour lui, dès 2022, les problèmes seront réduits. Mais peut-on être patient quand on est malade et qu’on n’a pas de médecin, aujourd’hui ?

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