Les logements abandonnés dans le 14e arrondissement de Paris – enquête

Chaque premier jeudi du mois, le “Collectif logement Paris 14” se réunit dans la Salle des Moulins de Lapins  pour discuter et donner des conseils aux habitants de l’arrondissement qui souffrent de mal logement.

“Je suis depuis sept mois chez ma nièce suite à un divorce. J’ai déposé mon dossier à la mairie, mais ils m’ont dit d’attendre”, raconte Pierre*, la quarantaine,  visiblement désespéré : “c’est une spirale descendante, vraiment je sens que je deviens fou”. Son cas n’a rien d’exceptionnel. Karine*, 45 ans, explique qu’elle a attendu 14 ans pour être relogée dans un nouvel appartement.

L’association, crée en 2006, a pour but d’aider en matière d’accompagnement juridique mais aussi “psychologique, pour ceux qui traversent une période très compliquée de leur vie”, explique Valerie Girardon, la vice-président du collectif.

Grâce au travail de l’association, une liste de logements complètement ou partiellement abandonnés a été réalisée. Pour ce faire, Jean-Pierre Coulomb, l’un des membres fondateurs du collectif et numéro deux sur la liste du Front de Gauche (FG) pour les municipales a sillonné à pied toutes les rues de l’arrondissement pour repérer “à l’œil” chaque bâtiment inoccupé. “Tu peux voir visuellement si les rideaux sont pourris, si les vitres sont poussiéreuses, si les portes sont abandonnées, si la boîte aux lettres est pleine depuis longtemps”, explique-t-il.


Carte réalisée à partir des immuebles signalés par le Collectif Logement 14e. Cliquer sur les icônes pour avoir un appercu de l’immueble. Crédit : Camilo Moreno K

“On les a signalés à la Mairie parce que c’est tout ce qu’on peut faire, mais ils n’ont pas fait grand-chose”, dit Jean-Pierre Coulomb, lors de la réunion. “Quand on leur demande ce qui s’est passé avec ces bâtiments on nous dit que c’est compliqué. Mais on ne sait pas quelle est la vraie raison” .

Jean Paul Roussier, maire adjoint du 14ème en charge des inégalités et membre du Parti communiste, donne sa version des faits. “La mairie a envoyé une quarantaine de courriers pour essayer de contacter les propriétaires des logements vacants mais elle a reçu seulement deux réponses”, explique-lui.

Contacté par téléphone, Gilbert Cuzou, maire adjoint du 14e a déclaré à Paris5sur5 “ne pas avoir accès aux chiffres sur le rachat des logements vacants dans l’arrondissement et ne pas être en mesure de parler sur le destin des immeubles signalés par le collectif Logement 14e”. Il nous demande de regarder dans les rapports de l’Atelier Parisien d’Urbanisme (APUR) mais cette information n’est disponible.

Un recensement contesté

Selon le dernier recensement réalisé par l’INSEE en 2009, il existe à Paris 105.720 logements vacants, ce qui équivaut à 10% du parc immobilier total.  Dans le 14ème, 6.068 logements vacants ont été repérés, soit 7% du parc immobilier disponible.


Crédit infographie : Camilo Moreno K.

Par comparaison, dans le 14e, 4.825 demandes de logement social attendent encore une réponse favorable. Il y a donc plus de logements vacants que des demandes de logement social.

Aujourd’hui, ce chiffre est surestimé, estime Paul Roussier, l’adjoint au maire, qui a participé au recensement en 2009, et en relativise la méthode. “Nous étions allés porte-à-porte. S’il n’avait personne dans le logement, on le déclarait « vacant » dans le formulaire. En revanche, il était impossible de savoir depuis combien de temps, même s’il avait des fois, on se rendait compte que certains logements étaient vides depuis une longue période”.

Parmi les 6068 logements vacants déclarés par l’INSEE, il est donc “très difficile de savoir combien d’entre eux sont sans affectation”, poursuit Paul Roussier. “La plupart des fois c’est une affaire de rotation. Le logement est inoccupé le temps de trouver un nouveau locataire ou un acheteur”.

Si le recensement de l’INSEE n’est pas une source absolument fiable, il existe des données qui pourraient  donner une vision plus précise de la situation. Seul problème : ils ne sont pas accessibles.  Il s’agit de la taxe d’habitation et la taxe de logement vacant. Si un logement paie une taxe foncière, mais ne paie pas de tasse d’habitation, c’est un très fort indice qu’il n’y a pas personne qui habite à l’intérieur. De même, la taxe sur la vacance (TLV) est appliquée aux logements qui sont inhabités depuis deux ans. Désormais, les données sont protégées par la Loi informatique et liberté et les fichiers ne sont pas disponibles même pour une entité publique comme la mairie de Paris, qui pourrait proposer de les racheter.

Des solutions pour une situation complexe

Celia Blauel, candidate d’Europe Écologie les verts dans le 14e, assure qu’il est possible d’identifier les logements vacants, sans pour autant violer la loi informatique et liberté.

“Je me suis renseigné auprès des statisticiens qui travaillent pour l’INSEE. Ils m’ont assuré que c’est tout à possible de croiser une base de données entre la taxe foncière et la taxe d’habitation, sans pour autant dévoiler les données privées”.

Leila Chaibi, candidate du Front de Gauche aux élections municipales pense que pour éviter d’avoir des “rétentions” des logements pendant une longue période, il serait nécessaire d’augmenter la TLV (taxe sur la vacance) qui actuellement équivaut à 12,5% de la taxe d’habitation pour la première année de vacance et de 25% à partir de la deuxième année. Par exemple, dans le cas d’un appartement de 20 mètres carrés, pour lequel on est censé payer 400 euros de taxe d’habitation, la TLV s’élève à 50 euros la première année et 100 euros la deuxième. Une somme qui “ne sert à rien” pour décourager les propriétaires de conserver les logements vacants, selon la candidate.

Interrogés sur la question des logements vacants, ni Tiphaine Leost la candidate FN de l’arrondissement, ni l’équipe de Nathalie Kosciusko-Morizet n’ont  répondu à Paris5sur5.

*Les prénoms ont été modifiés.

 

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