Graffitis anarchistes sur le Sacré Coeur : entre vandalisme et mémoire

Crédit photo : MARTIN BUREAU / AFP /L’EXPRESS

Le 18 mars, la basilique du Sacré Cœur n’est pas prête à recevoir les touristes. En effet, ce matin là, des slogans anarchistes comme « Ni Dieu, ni maître, ni Etat », « Feux aux chapelles », « Vive l’insurrection » ou « fuck tourism » sont inscrits à la peinture rouge sur sa façade. Pour les « vandales » : une drôle de manière de commémorer le 143 ème anniversaire de l’insurrection de la Commune de 1871, événement sanglant de l’histoire parisienne qui a entraîné la mort de milliers de communards. Le scandale médiatique n’a duré que trois jours. Jeudi 20 mars, les tags avaient été effacés, même si quelques traces de peinture rouge sont toujours visibles dans la porte principale et dans les murs.

Diaporama : clickez sur les flêches pour regarder les photos. Crédit : Camilo Moreno ( photos prises le 21 mars 2014).

Selon le Figaro, le commissariat du XVIIIe arrondissement a ouvert une enquête pour retrouver les responsables. Probable qu’elle n’aboutisse pas, à moins que la police ne « se donne des moyens en disproportion du délit incriminé ». C’est en tout cas ce qu’explique le professeur Roland T. dans un article de Rue89. Un acte « choquant » pour les politiciens A 6 jours du premier tour des élections municipales les deux candidates à la Mairie de Paris se sont accordées sur un mot : « profanation ».

Mais la sphère politique française a également condamné cette acte « offensif » et « odieux »

 

Mais, pour Roland T., toujours interrogé par Rue89, le langage utilisé pour critiquer les graffitis n’était pas forcément le plus approprié : « “Profanation”. Tous utilisent ce mot. Pas délit, pas vandalisme, pas dégradation : profanation. Soit un rapport au sacré. Aucun recul, aucune neutralité dans l’exercice d’une fonction publique ».

Un anniversaire douloureux

Un fait divers qui nous rappelle le fameux 18 mars 1871, jour où le peuple parisien se soulève contre l’Assemblée, réfugiée à Versailles, et monte au sommet de la butte de Montmartre afin de s’emparer des fusils et des canons de l’armée. C’est là que se dresse aujourd’hui la basilique. La révolution dure 72 jours puis est brutalement réprimée par Adolphe Thiers et l’armée versaillaise, faisant entre 20 000 et 30 000 victimes parmi les insurgés.

La construction de la basilique du Sacré Cœur devient alors un symbole anti-communard, comme l’explique l’historien Jean-Louis Robert dans un article des Inrocks : « La construction d’une église sur la colline de Montmartre avait été déclarée d’utilité publique » par l’Assemblée nationale le 24 juillet 1873, « dans le cadre de l’ordre moral qui a suivi la Commune ».

143 ans se sont écoulés. Aujourd’hui, le Sacré Cœur est la deuxième basilique la plus visitée au monde après Saint Pierre de Rome. Il s’agit même du deuxième site culturel le plus visité de Paris selon l’Office du Tourisme et des Congrès de la capitale. Chaque année, elle accueille entre dix et douze millions de visiteurs.

Par Camilo Moreno

20/03/2014 

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